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D'un même soleil - Destin imposé -
Chapitre 01 - D'un rêve au cauchemar
De retour... C'est cela, je suis de retour et la nostalgie m'inspire le plaisir de retrouver cette bonne vieille planète. Quoi que j'en dise, son ciel bleu m'avait manqué. Oui, le ciel bleu de la Terre m'avait manqué, car cela fait sept années que je ne l'avais pas revu. Non, je n'étais pas enfermé au plus profond d'une cave avec l'impossibilité de remonter à la surface et encore moins le sujet d'une expérience scientifique de privation des sens. La réalité est que je n'étais plus sur la surface de la Terre, alors retrouver ses paysages, ses odeurs et même sa gravité, réveille en moi des souvenirs que je croyais à jamais perdus. Ce n'était ni un départ volontaire, ni même une malédiction, c'était juste un manque de chance. Oui, c'est ça, un vulgaire manque de chance ou peut-être le contraire, je ne sais pas trop. J'étais juste au mauvais endroit, au mauvais moment. Et ce manque de chance m'a changé du tout au tout. Ce fut plus qu'un parcours initiatique, c'était de ces instants qui vous transforment un homme pour le rendre meilleur.
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Bon, reprenons tout depuis le début, car j'ai oublié de me présenter, je m'appelle Olivier Vendrange. En juin 2009, j'avais décidé de m'offrir une année sabbatique pour faire le tour du monde sur mon voilier, le Gwenvidik Kalon. Les choses avaient bien commencé. De Brest j'avais rejoint les Açores, ou à la Marina da Horta les quais arborent des peintures que les marins de passages ont laissées là pour se prouver qu'ils sont venus en ses lieux. Moi, qui suis admirateur inconditionnel des arts graphiques, quels qu'ils soient, j'apprécie ces oeuvres offertes au monde, à ciel ouvert. Mais le planning que je m'étais imposé étant restreint, je ne restais pas longtemps et ainsi des Açores, j'allais aux Antilles françaises, puis allant d'île en île, profitant agréablement des escales, par la visite des musées, des lieux touristiques et surtout des prostituées. Pour ainsi dire, je passais des vacances de rêve. Je ne courrais pas, j'étais en villégiature et appréciaient ces petits instants où le temps semble se suspendre et que le monde apparaît comme une aquarelle. À Puerto Plata, j'aimai flâner dans les rues avec la jolie escorte que je m'étais trouvée pour la semaine. La journée, nous allions tous les deux visiter les divers musées de la ville, comme la Maison-Musée du General Gregorio Luperón, la Macorix maison du Rhum, le Centre d'art contemporain Colson House et bien sûr le Musée de l'Ambre avec un sigle s'inspirant très librement de Jurassic Park, du recyclage artistique. La nuit, je le passais dans les bras et entre les cuisses de mon accompagnatrice. Après cette très agréable semaine, je décidais de reprendre la mer pour continuer mon voyage.
-Tu ne veux pas rester encore un peu avec moi? Me demanda cette jolie autochtone.
-Ce n'ai pas l'envie qui me manque, je pourrais rester là encore longtemps, mais j'ai encore tout un monde à découvrir. Lui répondis-je.
Je savais que c'était dans une optique principalement financière qu'elle voulait que je reste à ses côtés, c'était néanmoins très agréable à entendre. Mais j'avais pris ma décision et quittais alors le port en direction du large. Je naviguais tranquillement quand après quelques jours, je devais être à environ 432 miles marins au nord-quart-nord-ouest de ma dernière escale, je me retrouvais sur une mer d'huile qui s'en suivit d'une nuit sans nuages. Sous la clarté d'une pleine lune, j'admirais la voute céleste au ciel piqué de myriades de diamants. Puis quand la fatigue m'enveloppa dans une cotonneuse torpeur, je rejoignis ma couchette pour m'endormir.
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Le lendemain, je fus réveillé par ma chute de la couchette. Le contact avec le sol et le réveil fut bien trop rude, et force était de constater que mon voilier se trouvait sur le flanc. Pensant que j'étais en train de chavirer, je sortais aussi vite que je le pouvais de ma cabine pour ne pas me noyer. Quel ne fut pas mon étonnement de constater que mon voilier était couché sur bâbord dans un désert caillouteux. Le soleil était pratiquement au zénith, mais le ciel était d'une couleur sépia, comme le rouge pastel du ciel au crépuscule. L'atmosphère était pesante, le sol était lourd, mais je respirais sans difficulté apparente me sentant même comme légèrement ivre. Je ne comprenais pas ce qui c'était passé cette nuit pour me retrouvait ici, dans ce paysage inconnu, mais j'y étais et là-dessus, il n'y avait aucun doute. Inquiet, je me dirigeai vers la radio de bord.
Mayday, Mayday, Mayday
À tous, à tous, à tous
Ici Gwenvidik Kalon, Gwenvidik Kalon, Gwenvidik Kalon.
Indicatif Golf, Victor, Kilo, 2, 3, 2, 3.
Mayday Gwenvidik Kalon GVK 2323
Dernière position connue 25.00'00.3"N 71.00'00.3"W
Vaisseau en perdition
Demandons assistance immédiate
1 personne à bord
Quittons le navire
À vous
Tous les quarts d'heures, je réitérais cet appel de détresse alternant le Français et l'Anglais, mais rien, pas de réponse à part une sorte de grésillement bizarre. Je me sentais de plus en plus mal. Ne sachant que faire, je me décidais d'attendre. Puis après quelques heures, la nuit succéda au jour, et elle m'était terriblement familière. Seule cette lune, qui était largement plus grosse que la mienne et surtout verte et bleue, différait de mon ciel. Mais, il y avait aussi toutes les constellations que je connaissais, mais ce n'était pas celle que j'avais regardée la veille. Elle ressemblait à un ciel d'hiver. Les constellations du Poisson, du Bélier et d'Orion brillaient de mille feux dans le firmament, car chaque étoile était comme entourée d'un halo de lumière, pareille à la nuit étoilée de Vincent Van Gogh. Mais mon ivresse due à cette atmosphère allait en s'empirant. L'air semblait être plus riche en oxygène et la pression atmosphérique légèrement supérieure à celle qui était mon habitude. Ayant été, il y a quelques années, plongeur sous-marin en eau profonde, mes symptômes me faisaient penser à l'effet Lorrain Smith. J'avais déjà eu cet accident de plongée et cela ne m'avait pas laissé de bon souvenir, à part la jolie aide-soignante qui s'était occupée de moi et avec qui j'eus une belle histoire d'amour qui dura trois ans. Me regardant dans le miroir, je constatais que ma face était excessivement rose, à la limite du rouge. Ma toux était en permanence grasse et j'éructais des glaires épaisses que je crachais à longueur de journée. Mais le pire de tout était la torture que ma respiration m'infligeait. J'avais l'impression, à chaque instant de me noyer et paradoxalement, chaque bouffée d'air me brûlait les bronches. Je n'allais pas bien et j'avais la tête qui tournait. Je regagnais alors la protection précaire que m'offrait mon voilier et m'affalais sur le sol, à demi-inconscient. Je pensais que j'allais mourir.
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Les deux premières semaines, furent très durs à supporter, car l'état dans lequel j'étais, été vraiment inquiétant. La souffrance m'était insurportable. Je pense que mon corps n'avait d'autres choix que de s'adapter à ce nouvel environnement, c'était soit la survie, soit la mort et j'espérais ne pas mourir. Je ne savais pas encore ce que me réserverait mon futur, car j'étais si malade que chaque inspiration était une torture. Pendant mes périodes de conscience, j'essayais de manger, mais cela m'était douloureux, car ma déglutition était difficile vu mon absence de salive. Je me forçais à boire de l'eau. Après ces deux semaines de torture, je remontais lentement la pente. Mes vivres s'étaient fortement amenuisés et il devait m'en rester que pour tout au plus trois semaines, un mois si je me rationnais. Mais une chose était sûre, je devais me déplacer, car si je restais là, je mourrais sans nul doute de faim. Je sortis alors mon chariot à main sur lequel je mis la nourriture qui me restait, puis une petite cantine contenant mon matériel de survie, je rajoutais aussi de la corde, une paire de jumelles, deux jerrycans de 18,5 litres d'eau ainsi qu'une gourde, le tout qui pouvaient traiter l'eau pour la rendre potable ainsi que les cartouches et les filtres adéquats ce qui serait idéal au cas ou je trouverais une source d'eau, puis un kit contenant un panneau solaire avec sa batterie de stockage et un système d'éclairage électrique de camping. Bien sûr, je pris des armes, deux schokers électriques, un revolver, un fusil à pompe, une arbalète et toutes les munitions que j'avais à mon bord ainsi qu'une hache et une machette. J'étais fin près pour l'aventure.
-Rhaaa! I'm survivor! hurlais-je au ciel en signe de défis.
Le moral au beau fixe, j'avais déjà surmonté victorieusement la première épreuve alors advienne que pourra. Mettant un pas devant l'autre, je m'éloigner de mon voilier. Je marchais dans ce reg sans fin, croisant sur mon chemin, ça et là, des avions de combat de la seconde guerre mondiale, des containers de marchandises, diverses embarcations, le squelette d'une baleine et même un vieux sous-marin russe des années 70. Et durant trois jours en direction de l'étoile Polaire, je marchais le jour, essayant de dormir la nuit, avançant coûte que coûte, commençant à désespérer de ne rien trouver. Puis à la fin de la quatrième journée, je crus voir à l'horizon de la végétation le tout étant surplombé par une sorte de montagne bleue. J'espérais que ça ne soit pas un mirage.
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Plus je m'avançais, dans ce qui ressemblait à une brousse qui se densifiait à chacun de mes pas, m'enfonçant parfois dans des sortes d'herbes hautes, contournant des arbres chétifs parsemés ça et là, plus l'énorme rocher bleu se rapprochai, mais à aucun moment, je ne croisais bête ou âme qui vive. Après plusieurs heures j'arrivais à proximité de cet énorme rocher bleu qui surplombait cette savane, il devait faire environ deux kilomètres de long et 200 mètres de haut. Je pensais que cela serait le promontoire idéal pour découvrir mon nouvel environnement. Je tirais mon chariot et trouvais un moyen de monter. Cela fut laborieux, mais à force de persévérances, j'y arrivais et avançais vers le rebord et dans le sfumato de l'horizon, j'avais une vision panoramique. Quel fut mon étonnement quand j'aperçus en contrebas un troupeau de tricératops, ces monstres gigantesques avec trois cornes sur le crâne. Je voyais deux mâles qui se mettaient au défi, de la ou j'étais le choc semblait rude et violent. Je préférait pour l'instant rester là où j'étais.
-Oh, bordel! Mais où suis-je tombé?
Je regardais le paysage grandiose qui s'étalait devant moi et apercevais qu'à plusieurs heures de marche, il y avait une forêt qui me paraissait dense et plus loin encore, ce que j'identifiais comme une chaine de montagnes. Avant de reprendre ma route, il me fallait refaire des provisions. J'aperçus une rivière où semblait se désaltérer la faune locale. Je sortis de ma cantinière de quoi écrire, et sur un calepin, je fis un croquis rapide de ma nouvelle contrée. J'étais dans un état second, ne comprenant pas comment du jour au lendemain, j'étais tombé de mon monde moderne à l'âge des dinosaures. Je m'interrogeais sur le fait d'un voyage dans le temps improbable, mais les faits étaient là. Je rebroussais alors mon chemin par là ou j'étais venu et redescendais de la pierre géante. De voir ces dinosaures m'inquiétait au plus haut point. Je ne savais pas comment j'allais me débrouiller pour vivre parmi ces monstres et comment j'allais retourner chez moi. Puis arrivée à sa base, je fis le tour du rocher géant, traînant derrière moi, mon chariot à main. J'avançais juste pour avancer, car en entrant sur la terre des dinosaures, je savais que ma survie tenait à peu de choses. Je supposais que les tricératops étaient végétariens, mais qui dit végétarien, dit proie, et qui dit proie, dis prédateur. Et un prédateur pour une proie de cette taille ne me disait rien qui vaille. Qu'allai-je devenir?
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